Les années galère de Madonna - Daniel Ichbiah

 

Extrait du chapitre 2 du livre Madonna Pop Confessions

"Chaque mois, c'était une course folle pour payer le loyer et faire entrer un peu de nourriture dans l'appartement. J'ai eu à me nourrir dans les poubelles."

Nous sommes en juillet 1978. Madonna s'envole pour New York avec en tout et pour tout 35 dollars en poche. C'est la première fois de sa vie qu'elle monte dans un avion et dans sa valise, elle a fourré, outre sa poupée préférée, une paire de chaussures de ballet et de nombreux bodys. Un tel attirail devrait amplement suffire puisque Madonna a le don de développer des 'looks' originaux à peu de frais. Elle peut ainsi déchirer un body pour en rattacher les parties au moyen d'épingles à nourrice. En dépit de la chaleur ambiante, elle a revêtu son manteau d'hiver, ayant entendu dire que les gelées de Noël sont ardues dans la ville des gratte-ciels.

À l'aéroport de La Guardia, elle avise un chauffeur de taxi qui lui demande où elle veut bien se rendre.

- Emmenez-moi là où ça bouge ! se contente de répliquer la nouvelle arrivante.

La destination choisie, de manière avisée, est Time Square. Lorsqu'elle descend de la voiture jaune, la fille du Michigan se retrouve dans le cœur touristique de New York. Le souffle coupé, elle se retrouve au milieu des cinémas, musées et boutiques, autant de façades surmontées de la lumière artificielle des néons et panneaux publicitaires. Instantanément, elle ajuste sa vibration personnelle à l'atmosphère ambiante, comme si elle attendait ce moment depuis trop longtemps. Pas de doute, cette ville est funky ! Time Square grouille d'une activité débordante, chaque signe, chaque panneau livrant une bataille avec son voisin pour capter l'attention. Si les passants paraissent indifférents au bruit incessant de la circulation, alors pourquoi pas ne s'y habituerait-elle point ?

Le souci immédiat de la provinciale déboussolée est de trouver un toit pour la nuit. Comme grisée par la frénésie ambiante, Madonna aborde tout simplement des inconnus dans la rue, demandant à la volée si quelqu'un connaîtrait un bon endroit pour dormir. Et cela marche : une bonne âme lui offre une pièce temporaire munie d'un sofa pour deux semaines, le temps de dénicher un lieu où se poser dans l'urbaine mégalopole.

Quinze jours passent. La chambre que Madonna parvient à louer avec ses maigres sous se situe au quatrième étage du 232 de la 4ème Rue et brille par son absence du moindre confort. Elle n'abrite pas même l'ombre d'un lit. Été comme hiver, la jeune fille du Michigan va dormir à même le sol, une situation d'autant plus dantesque que la chambre est visitée par des cafards. Les installations sanitaires sont à l'avenant : la pièce n'est pas alimentée en eau chaude. Afin de pouvoir au moins payer son loyer, Madonna se restreint sur la nourriture et subsiste en absorbant des pop-corns, des fruits et des yaourts. Il va parfois lui arriver de soulever le couvercle des poubelles afin de vérifier si elle peut trouver sur le sommet quelque chose de décent à consommer - quand bien même elle vit dans le dénuement, elle ne mange que des mets frais et se refuse à consommer de la viande, étant végétarienne. Durant une nuit, le radiateur met le feu au plancher de sa chambre. Elle n'aura que le temps de courir dans la rue où elle se retrouve en chemise de nuit.

Pour survivre dans la tentaculaire New York, Madonna multiplie les petits boulots précaires. Elle fait office de serveuse chez Burger King ou chez Amy's, avant de trouver un poste d'assistante dans un club de sport à raison d'une journée par semaine. Chez Dunkin' Donuts, où l'on sert des beignets fourrés de confiture 24 heures sur 24, elle devient vendeuse à mi-temps. Elle se fait toutefois mettre à la porte pour avoir éclaboussé un client avec un beignet à la confiture.

"Un grand nombre de mes jobs ne duraient qu'une journée. J'avais pour défaut de ne pas me laisser faire et de répondre sans mâcher mes mots. Du coup, je me faisais parfois virer au bout d'une journée"

Si Madonna est montée à New York, c'est pour développer une carrière dans l'univers du spectacle. À cette fin, elle multiplie les démarches auprès des services de la municipalité et son acharnement paie : elle décroche rapidement une bourse et dès lors, elle peut suivre un entraînement de danseuse dans la troupe mondialement célèbre d'Alvin Ailey. Un temps, elle est employée à l'Alvin Ailey Dance Theater en parallèle à sa formation. La danseuse en herbe obtient ensuite un emploi au vestiaire de la Russian Tea Room (Salon de Thé Russe) pour 4 dollars cinquante de l'heure. Au bout de deux mois, le manager Gregory Camillucci la congédie. Il dira plus tard combien il s'en sentait désolé.

" Elle l'a plutôt bien pris. Pourtant, je me sentais mal à son égard car elle avait l'air terriblement seule. Les autres filles qui travaillent ici avaient une famille sur laquelle s'appuyer, elles dégageaient une impression de sécurité et l'on pouvait sentir qu'elles parviendraient à survivre même si elle perçaient pas comme actrice ou chanteuse. Madonna ne donnait jamais une telle impression, " raconte Camilluci.

Une scène humiliante se déroule quelques mois après son arrivée à New York. De façon inattendue, son père débarque dans l'appartement miteux où elle réside dans la 4ème Rue. Tony est atterré de voir des cafards se balader sur les murs, de sentir l'odeur de bière rance et plus généralement, d'appréhender l'indigence dans laquelle évolue l'aînée des Ciccone.


- S'il te plait, reviens à la maison, supplie Tony.

- Il n'en est pas question, répond Madonna, blessée au plus profond d'elle-même mais totalement déterminée à tenir bond.

- Tu vis comme une vagabonde… argue Tony, intérieurement désespéré.

- Non, comme une danseuse ! réplique-t-elle avec hargne.

Au moment de partir, Tony tente de lui donner un peu d'argent mais elle le refuse. Il se retrouve désarmé face à une attitude qu'il ne parvient aucunement à décoder. Leurs rapports n'ont jamais été doux, mais il n'en ressent pas moins un mélange incommode d'apitoiement et de fierté du clan. Pour sa part, la chanteuse traverse quelques moments d'abattement et il lui arrive de s'asseoir près d'une fontaine et de fondre en larmes. (...)

Plutôt que de faire la serveuse et gagner cinquante dollars par jour durant 8 heures fastidieuses, Madonna découvre qu'elle peut gagner le double si elle accepte de poser nue pour des cours de dessin. Vers la fin de l'année 1978, elle devient donc modèle pour des groupes privés de trois à quatre personnes.

"J'avais de jolies formes. Comme j'étais plutôt maigre, mes muscles et mon squelette ressortaient. J'étais l'un de leurs modèles favoris, parce que j'étais facile à dessiner. De plus, cela me permettait de rencontrer des gens d'une façon amicale. "

À partir de novembre 1978, elle auditionne afin de suivre l'apprentissage d'une chorégraphe renommée, Pearl Lang. Celle-ci va demeurer admirative quant à l'assiduité et à la volonté manifestées par cette amazone côtoyée durant de nombreux mois :

"Madonna n'est pas seulement déterminée, elle est passionnée. Elle parvient à faire exactement ce qu'elle a voulu et son énergie est inépuisable."

Ce qui frappe alors Pearl Lang, au-delà de la détermination et du talent de Madonna, est son imagination débordante.

"Dans le répertoire qu'elle a dansé chez moi, il y avait une grande diversité. Or, elle a montré une capacité à s'adapter à n'importe quel style. Elle y met toutes ses forces et toutes ses tripes. Elle écoute ce qu'on lui demande de faire et puis, elle apporte quelque chose de très personnel. Elle s'y implique et c'est ce qu'adorent ceux qui montent des spectacles."

Selon Pearl Lang, il existait dans le travail de Madonna quelque chose de beau et mélancolique, presque triste, qu'elle n'a plus retrouvé par la suite.

"C'était poétique et délicat, avec un mouvement profond et une certaine agressivité."

Lang estime que l'un des talents de Madonna a été de savoir utiliser ses faiblesses, sans que le spectateur s'en aperçoive jamais.

"Réussir cela, c'est très subtil, intelligent et louable."

Au début de l'année 1979, lors d'une soirée dansante où elle se trémousse avec frénésie, Madonna se fait aborder par Norris Burroughs, un graphiste dont les œuvres sont reproduites sur des T-shirts. Après l'avoir d'abord rejeté, elle l'appelle quelques semaines plus tard et suggère de démarrer une relation sentimentale avec ce " blondinet ". Impossible de résister à une telle avance.

Afin d'arrondir ses fins de mois, Madonna a décidé de capitaliser davantage sur sa plastique. Elle a ainsi répondu à des annonces passées par des photographes recherchant des modèles pour des photos dévêtues. Anthony Panzera, l'un des premiers photographes auxquels elle rend visite n'est pas convaincu par ses potentiels : il trouve qu'elle ressemble à un garçon. Comme par défi, Madonna déboutonne son chemisier, expose ses seins et scande :

- Est-ce que les garçons ont cela ?

Dans la foulée, elle se dénude et demande où il désire au juste qu'elle prenne la pose.

Le 12 février 1979, le photographe Martin Schreiber lui offre la somme de trente dollars pour quatre-vingt dix minutes de pose nue. Une séance de pose anodine à laquelle elle se prête sans y penser et sans réfléchir aux moindres conséquences. Cinq années plus tard, de tels clichés vont pourtant ressortir alors qu'elle est devenue célèbre…

"Parfois, les modèles se montraient flamboyantes et sociables. Elles aimaient parler avec tout le monde. Madonna, pour sa part, était tranquille." se rappelle Schreiber.

"Lorsqu'elle est venue, elle portait un pantalon de pyjama et ressemblait à une petite fille. Un jour, elle est venue à une soirée dans un lot de la partie Est de New York, et elle portait ce même pantalon de pyjama ! Il y avait des gens de tous les âges et quelques enfants. Elle a préféré s'asseoir sur le sol en bois et jouer avec eux. "

Progressivement, le quotidien de Madonna s'améliore. Le peu d'agent gagné lui permet en premier lieu de changer d'hôtel. Madonna déménage bientôt ses quelques affaires à Greenwich Village. Pearl Lang, pour sa part, a trouvé qu'elle peut aisément se reposer sur cette fille d'une grande fiabilité et lui propose de devenir son assistante. Alors que le printemps éclaire les bâtiments de New York d'une luminosité nouvelle, les relations se dégradent doucement entre Madonna et la chorégraphe. Pearl Lang reproche à son assistante de faire cavalier seul et de manquer d'esprit d'équipe. De son côté, Madonna ne vit pas toujours bien sa relation avec Pearl Lang, estimant que la discipline qu'elle fait régner est excessive. Un jour, elle craque, tant Lang lui demande des efforts surhumains au niveau physique et elles se séparent alors, sans espoir de retour, au début du mois de mai.

D'autres raisons expliquent pourquoi elle change ainsi de cap. Madonna a progressivement compris que le métier de la danse n'est pas facile et que les offres d'emploi y sont rares. Si elle veut percer au grand jour, il semblerait avisé d'opérer une diversification. Elle annonce d'ailleurs la couleur à Pearl Lang :

- Je trouve le métier de danseuse très dur. J'ai un copain qui écrit des chansons rock. Je vais devenir chanteuse de rock !

(...)

 

La page Madonna du site de Daniel Ichbiah

Madonna, Pop Confessions L'Intégrale Madonna

Daniel Ichbiah est l'auteur de trois livres sur Madonna : les chansons de Madonna, et aussi une biographie et un dictionnaire sur l'artiste

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