Comment Imagine est devenu un hymne universel. L'histoire de la chanson de John Lennon

Par Daniel Ichbiah

Imagine - John Lennon
"Dans de nombreux pays du monde et j'en ai visité près de 125, vous pouvez entendre Imagine presque aussi souvent que l'hymne national."

Ainsi s'est exprimé l'ancien président américain Jimmy Carter en 2006.

Comment la chanson de Lennon a-t-elle acquis ce statut mythique ?

 

Au moment de sa sortie en 1971, le single Imagine a connu un joli succès. C'était une chanson agréable avec un jolie partie de piano, une mélodie agréable et un tempo lent.

Tandis que la chanson passe alors sur les ondes du monde entier, peu d'attention est réellement prêtée à ses paroles.

Imagine single

Or, Imagine, sous des dehors romantiques et calmes, est une chanson fortement subversive. Lennon y distille des propos qui vont à l'encontre des principales valeurs de la société Américaine..

Imaginez qu'il n'y ait pas de pays
Ce n'est pas si difficile
Rien qui nécessite de tuer et de mourir
Et pas de religion non plus.
John & Yoko

C'est dans un livre de poèmes publié par Yoko Ono, Grapefruit, que Lennon a dit avoir trouvé l'inspiration pour Imagine. L'artiste japonaise y distillait des instructions pour une nouvelle vie, telles que "imagine que tu es un fruit."

Imagine se classe n°3 au hit parade américain et l'album atteint même la position n°1. Cet hymne à la paix lui permet de renouer avec le succès à grande échelle après un relatif passage à vide.

Pourtant, sur le moment, son message semble se diluer dans la quiétude des harmonies.

Une jolie chanson, voilà tout.

 

Lennon avec son fils

C'est au fil du temps que Imagine va acquérir un statut particulier.

Plus les années passent et plus il semble qu'elle représente davantage qu'une chanson, qu'elle soit un hymne à part entière avec un message transcendant les époques…

Le 8 décembre 1980, Lennon est interviewé par Dave Sholin, un DJ de la station RKO. Au même moment, un désaxé fait le guet devant l'immeuble Dakota où réside le couple Lennon, son revolver enfoui dans une poche de sa parka. Au terme d'un cheminement intérieur chaotique, le débile mental Chapman a fini par s'auto-persuader qu'il lui fallait éliminer John…

C'est en quittant ce monde que Lennon révèle combien il était précieux. Quelques jours après sa disparition, cent mille fans se réunissent dans Central Park et devant l'immeuble Dakota dans un ultime hommage au Beatle disparu. Tous chantent l'hymne pour la paix "Give peace a chance". 10 minutes de silence sont observées et des milliers de ballons blancs sont libérés dans le ciel.

Pour sa part, la ville de New York tient à célébrer la mémoire de Lennon à plus grande échelle. À Central Park, près de l'immeuble où habitait Lennon, une mosaïque est placée sur le sol avec ce mot Imagine.

En Angleterre, le single était sorti en 1975 mais n'avait atteint que la 6ème position. Peu après la mort de Lennon en 1980, il ressort et se classe classe n°1 durant trois semaines. Il n'est délogé que par Lennon lui-même et le single "Woman".

En 1982, WABC, l'une des principales radios américaine - elle est née en 1921 - décide de changer de format et de ne plus diffuser de chansons, uniquement des talk-shows. Un long débat est organisé en interne afin de décider de la toute dernière chanson qui sera jouée par la station. C'est Imagine qui est choisi.

Lennon

Au cours de l'année 1988, le film Imagine : John Lennon retrace l'histoire du chanteur et remet la chanson au goût du jour. Il inclut une séquence où Lennon interprète ce titre sur son grand piano blanc Steinway.

Dans le très populaire film Forrest Gump qui sort en 1994, grâce à la magie de l'image de synthèse, Tom Hanks se retrouve face à John Lennon dans un show télévisé et le chanteur parle d'un endroit où il n'y aurait "pas de possessions", "pas de religions". La référence à la chanson fétiche de Lennon est explicite.

 

Plus les années s'écoulent et plus il apparaît que la popularité de Imagine ne cesse de grandir et que la chanson est devenue universelle.

À l'occasion du changement de millenium, alors que les classements se multiplient, il va progressivement ressortir que Imagine occupe une place particulière dans le cœur du public.

En 2002, Guiness World Records organise une enquête pour connaître le single préféré des britanniques. Imagine termine n°2 derrière "Bohemian Rhapsody" du groupe Queen.

Lennon avec des lunettes

Le 9 décembre 2004, le magazine Rolling Stone publie sa liste des 500 meilleures chansons de tous les temps. Imagine y est classé à la 3ème position derrière "Like a Rolling Stone"de Bob Dylan et "Satisfaction" des Rolling Stones, loin devant la première chanson des Beatles figurant dans ce classement, "Hey Jude" qui est à la 8ème position.

Au Canada, un sondage est mené la même année afin de déterminer la meilleure chanson des 100 dernières années. C'est Imagine qui arrive en tête.

Un an plus tard, Virgin Radio conduit un sondage auprès du public britannique et là encore, c'est Imagine qui se classe n°1, devant "Hey Jude" des Beatles.

En Australie, rebelotte : le 12 septembre 2006, Imagine est votée meilleure chanson de tous les temps.

La chanson fait par ailleurs l'objet de très nombreuses reprises et assez souvent au cours d'événements de soutien à une cause humanitaire.

Fait rare, la chanson obtient une reconnaissance de la part de politiciens et gouvernants.

Le 8 décembre 2000, une statue de John Lennon est inaugurée au Havana Park de Cuba et pour l'occasion le président Fidel Castro rend hommage au chanteur en indiquant :

"Je partage totalement ses rêves".
John Lennon durant l'enregistrement de Instant Karma

En 2003, pour célébrer le 80ème anniversaire de Shimon Peres, Bill Clinton chante Imagine en compagnie de 40 enfants israéliens et 40 enfants arabes.

Trois ans plus tard, un autre ancien président américain, Carter déclare qu'au cours de ses parcours dans le monde, c'est Imagine qu'il entend le plus souvent, davantage que l'hymne national du pays !

Lennon qui souhaitait laisser derrière lui un message de fraternité universel pouvait-il rêver mieux ?

 

Daniel Ichbiah

Article écrit pour le magazine STARfan - janvier 2011

<'Imagine

 

Imagine - faits


La chanson Imagine sur Youtube

 

Enregistré en
mai 1971
Home Studio de John Lennon à Tittenhurst Park
juillet 1971
Overdubs au studio Record Plant New York City, during July

Sorti le
11 octobre 1971

Production
Phil Spector, John Lennon & Yoko Ono


Ventes de l'album
2,45 millions (estimation en 2006) aux USA
Ventes du single
1,64 millions en Angleterre (www.officialcharts.com)
N°1 en...
Afrique du Sud, Angleterre, Australie, Canada, Etats-Unis, Irlande, Italie.


Ils ont repris Imagine...
Joan Baez, Acker Bilk, Cilla Black, Eva Cassidy, Ray Charles, Petula Clark, Allison Crowe, Elton John, Gerry and the Pacemakers, Herbie Hancock, Etta James, Mark Knopfler & Chet Atkins, Richie Havens, Madonna, Liza Minelli, Fausto Papetti, Franck Pourcel, Smokey Robinson & the Miracles, Diana Ross, Sarah Vaughan, Stevie Wonder, The Shadows, Andy Williams...

Lecture recommandée :
Beatles de A à Z

Beatles de A à Z  de Daniel Ichbiah : l'encyclopédie Beatles.

 
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Une brève histoire de John Lennon

Starfan Lennon

Jeunesse de Lennon

C'est le 9 octobre 1940, alors que l'Angleterre résiste vaillamment aux assauts nazis que naît John Winston Lennon dans la ville ouvrière de Liverpool. Dès le plus jeune âge, il doit faire aux absences prolongées de son père Freddie, le plus souvent parti en mer sur un navire commercial affecté au transport de troupes britanniques. Seulement voilà : Freddie est un personnage volage et inconsistant. Dès 1943, son épouse Julia n'a plus de nouvelles de lui et apprend bientôt que la Navy cherche sa trace en vain. De guerre lasse, Julia s'amourache d'un autre homme dont elle va tomber enceinte. Lorsque Freddie Lennon remet les pieds à Liverpool en janvier 1945, Julia se refuse à envisager que cet individu instable puisse prendre en charge l'éducation du petit John. Elle confie alors le garçon à sa sa tante Mimi. John va ainsi passer l'essentiel de sa jeunesse dans la maison de Mimi au 251 Menlove Avenue. Soucieuse de faire de lui un gentleman, sa tante l'éduque à la dure, veillant à inculquer à ce jeune homme à l'esprit vif et frondeur les principes d'une conduite honnête et policée.

Deux événements vont secouer la vie de l'adolescent. À l'âge de 15 ans, John connaît son premier béguin pour une fille blonde, Barbara Baker qui a les mêmes initiales que son idole Brigitte Bardot. Durant cette même année, l'écoute de " Heartbreak Hotel " d'Elvis Presley est une révélation.

"Quand j'avais 15 ans, le rock'n'roll était la réalité. Tout le reste n'existait pas…"
Elvis album

En juillet 1946, Julia reprend contact avec son fils et très rapidement, un attachement mutuel particulièrement fort se révèle. Julia apprend à John comment jouer du banjo, notamment " That'll be the day " de Buddy Holly. Lennon passe très vite à la guitare et dès le printemps 1957, il fonde son premier groupe avec ses amis Pete Shotten, Nigel Walley et Ivan Vaughan : les Quarrymen. La musique qu'ils jouent, est un mélange de folk, de country et de rock.

Le samedi 6 juillet 1957, John doit se produire à l'église St Peters à l'occasion de la fête communale de son école. Vêtu d'une chemise à carreaux, il monte sur la scène et interprète " Be bop a lula ". Dans l'assistance, un jeune homme fort doué, Paul McCartney, est interpellé par l'audace de ce chanteur aux cheveux légèrement bouclés : dès lors qu'il oublie son texte, John insère des paroles qu'il improvise sur le tas.

Peu après le concert, une connaissance commune, Ivan Vaughan, fait les présentations. Sur sa guitare, McCartney interprète quelques hits de l'époque comme " Twenty flight rock " de Eddie Cochran. Clairement, Lennon est bluffé par le talent et la technique de ce lycéen. Quand bien même il ne peut s'empêcher de penser qu'il a rencontré un autre leader naturel, le constat s'impose : Paul est l'alter ego de choix pour les Quarrymen. Il lui fait savoir par Ivan Vaughan qu'il aimerait que McCartney rejoigne le groupe. Paul se fera juste un peu désirer, démarrant ainsi une relation qui sera perpétuellement trempée dans une très forte osmose créative mais aussi dans le challenge…

Lorsque McCartney intègre le groupe, Lennon découvre que ce garçon écrit de fort belles chansons. L'idée d'un duo d'écriture fait son chemin. La " pâte " Lennon-McCartney prend forme et ensemble, les deux garçons élaborent peu à peu un répertoire de chansons marquées par d'intenses mélodies et le mariage séduisant de leurs voix.

McCartney recommande à John Lennon un guitariste de son lycée, George Harrison, et la première démonstration qu'effectue le jeune guitariste a lieu au fond d'un bus. D'abord ennuyé par son jeune âge, John le fait entrer dans les Quarrymen : sa virtuosité compense largement son immaturité. Le 7 août 1957, les Quarrymen donnent un concert dans un nouveau club de Liverpool : la Cavern. C'est dans ce lieu appelé à devenir mythique qu'ils font leurs premières armes et apprennent le dur métier de rock'n'roller.

Peu avant l'été 1958, Lennon qui est entré au Liverpool College of Art s'entiche d'une étudiante du, Cynthia Powell. Une fois que Cynthia devientsa petite amie, Lennon se montre souvent jaloux et ira jusqu'à frapper sa compagne, ce qui occasionnera une pause dans leurs relations. En octobre 1959, les Quarrymen jouent régulièrement au Casbah Club, une boîte tenue par une dénommée Mona Best. Un ami des Beaux-Arts, Stuart Sutcliffe est invité à rejoindre le groupe : à défaut de savoir jouer de la basse, il a les moyens de s'en payer une. C'est Sutcliffe qui suggère à Lennon de changer le nom du groupe et d'adopter celui de Beetles (scarabées). En août 1960, John a l'idée d'un changement d'orthographe : en intégrant le mot " beat " (battement), alors à la mode pour évoquer la musique de rock, le groupe devient les Beatles !

Les débuts des Beatles

Please Please Me

C'est au cours de l'été 1960 que le destin des Beatles prend un tournant…

Venu de la ville portuaire de Hambourg qui voit défiler les marins et marchands à la recherche d'un plaisir éphémère, Bruno Koschmider vient en Angleterre chercher des groupes pour les clubs dont il est propriétaire. Les Beatles semblent faire l'affaire si ce n'est qu'il leur manque un batteur permanent. Harrison suggère d'embaucher Pete Best, le fils de Mona, la propriétaire du Casbah Club de Liverpool. Pete Best n'est pas d'une humeur facile mais au moins, il possède une batterie. L'affaire est vite entendue.

Le groupe débarque à Hambourg durant la nuit du 17 août 1960 et prend son service au Indra Club où il leur a été offert de jouer durant 48 soirées. Surprise : le club se situe dans un quartier de vie nocturne au milieu de sex-shops ornés de néons, de boîtes de strip-tease et de prostituées ! Les Beatles s'adaptent tant bien que mal à la clientèle de buveurs de bière et s'acharnent à donner un show où ils se déchaînent sans réserve pour séduire les consommateurs. Les conditions de travail sont astreignantes: ils doivent jouer de sept à huit heures d'affilée, avec trois pauses d'une demi heure. Une photographe allemande, Astrid Kircherr, découvre le groupe et tombe amoureuse de Sutcliffe. Kircherr réalise les premières photographies mythiques des Beatles.

Vers la mi-novembre, le groupe de Lennon accepte l'offre d'un club rival, le Top Ten Club,. Furieux, Koschmider dénonce George Harrison aux autorités allemandes - le jeune guitariste n'a pas l'âge légal pour se produire sur scène. Harrison est renvoyé en Angleterre le 21 novembre 1960. Peu après, McCartney et Pete Best se retrouvent à la police pour avoir fait exploser des préservatifs sur les murs, et partent à leur tour pour Liverpool où Lennon les rejoint. Seul Sutcliffe demeure à Hambourg auprès d'Astrid.

De retour en Angleterre, les Beatles se produisent régulièrement au Cavern Club - Paul assume désormais la basse. Aguerri par ses longues soirées à Hambourg, le groupe développe une popularité sans précédent dans la ville de Liverpool. En avril 1961, ils remettent toutefois le pied à Hambourg, sur la demande du chanteur Tony Sheridan qui cherche des accompagnateurs. Le 22 juin 1961, les Beatles enregistrent avec Tony Sheridan un 45 tours, " My Bonnie " qui atteint la 5ème place du hit parade allemand.

A Liverpool, dès juillet, les Beatles confortent leur réputation de groupe leader, notamment avec les chansons écrites par Lennon et McCartney qu'ils commencent à inclure dans leur répertoire telles " Love me do " ou " PS I love you ". Si le rock'n'roll a été leur style originel du groupe, leur répertoire évolue. Le groupe dominant de l'époque, les Everly Brothers fait la part belle aux harmonies vocales. Les Beatles font de même et par chance, les voix de John, Paul et George se marient à merveille.

En octobre 1961, John reçoit un cadeau de 100 livres de sa tante. Il propose alors à Paul de fêter la chose en se rendant tous deux à Paris. C'est durant cette escapade que Paul va composer " Michelle ". Avant tout, ils reviennent de France avec la fameuse coupe " Beatles " coiffé vers l'avant. Adieu la banane des rockers.

À la même époque, certains fans qui ont vu les Beatles à la Cavern vont régulièrement demander le disque " My Bonnie " au magasin NEMS que tient un dénommé Brian Epstein. Ce dernier pousse la curiosité jusqu'à aller les écouter au Cavern Club. Epstein a immédiatement une révélation : ce groupe est appelé à devenir énorme ! Il devient leur manager et commence par modifier leur apparence. Adieu les les blousons de cuir. Le groupe va désormais se

À la veille du nouvel an 1961, Dick Rowe de la maison de disques Decca reçoit les Beatles. Durant 26 minutes, les Beatles interprètent 14 chansons. À la fin de la séance, Dick Rowe lâche ce commentaire :

" Les groupes à base de guitare sont sur le déclin "

Il vient de laisser passer l'opportunité de signer les Beatles !

Il faut attendre le 6 juin 1962 pour que George Martin décroche un autre rendez-vous majeur avec la maison de disques Parlophone, filiale de EMI. Ce jour là, le directeur artistique, George Martin entend pour la première fois les Beatles aux studios de Abbey Road. La chanson " Love me do " le séduit immédiatement. Pourtant, si George Martin se montre prêt à signer les Beatles, il pose une condition à Brian Epstein - abandonner Pete Best ! Il n'apprécie pas son jeu de batterie dépourvu de finesse. C'est un vieil ami du groupe, Ringo Starr, qui est choisi pour le remplacer. Facile à vivre et plein d'humour, il complète à merveille le quatuor. John Lennon pour sa part apprend que Cynthia Powell est tombée enceinte et décide sans attendre de l'épouser.

La chanson " Love me do " est enregistrée le 4 septembre 1962 et le 45 tours des Beatles sort le 5 octobre 1962. Il va monter jusqu'à la 17ème position du hit-parade britannique. Dans la foulée, le 26 novembre 1962, les Beatles enregistrent une chanson principalement écrite par Lennon : " Please Please Me ". Cette fois, ils frôlent de peu la position n°1 du hit-parade.

La frénésie ne fait que commencer…

John durant la Beatlemania

Beatles 62 66

Lennon rêvait de devenir une star du rock. Il ne s'attendait toutefois pas à cela. Durant l'année 1963, le succès du groupe se transforme progressivement en un phénomène national : la Beatlemania…

C'est au printemps 1963 que le groupe découvre que quelque chose est en train de se passer. En mars 1963, leur album Please, please me devient n°1 des ventes de 33 tours en Angleterre. Les semaines passent et il demeure inlassablement au sommet. Il va y demeurer trente semaines et ne sera délogé que par leur deuxième album, With the Beatles.

Cet engouement se reflète très vite au niveau du public. Progressivement, des meutes d'adolescentes commencent à suivre le groupe à grands renforts de cris. Durant les concerts, elles hurlent à perdre haleine et paraissent en transe.

Le 31 octobre, le groupe débarque à Londres après avoir passé une semaine en Suède. Ils découvrent alors qu'une foule tumultueuse les attend. La Beatlemania bat son plein sans qu'ils comprennent ce qui a pu le susciter :

"Nous n'en savons rien," dira Lennon, "On nous pose toujours cette question mais nous n'en avons aucune idée. Je ne pense pas que quiconque détienne une telle réponse. "

Au même moment, le single " She loves you " impose le groupe de façon internationale.

avec Ed Sullivan

Lorsque les Beatles débarquent à New York le 7 février 1964. La Beatlemania a commencé à toucher les Etats-Unis. Une foule enthousiaste d'adolescents les attend à l'aéroport et se bousculent sur leur passage. Le passage des Beatles au Ed Sullivan Show le 9 février achève de les imposer. 73 millions de téléspectateurs américains découvrent le groupe lors de cette émission. À la suite de ces apparitions télévisées, " I want to hold your hand " devient le record des ventes de singles avec 8 millions d'exemplaires. Dans la foulée, la plupart des pays du monde succombent tour à tour à la Beatlemania.

>Pour John, l'intellectuel, la Beatlemania n'est pas toujours facile à digérer. En mars 1964, il publie un livre de poèmes "In His Own Write" qui montre les délires d'un auteur attiré par l'absurde et le surréaliste, à mille lieux d'une popstar superficielle. Lors des interviews, il fait preuve d'humour mais aussi de positions réfléchies sur le monde. Questionné quant au fait que certains critiques auraient trouvé son livre un peu malsain, John répond simplement :

"Eh bien, si les gens qui le lisent sont malsains, le livre leur paraît malsain. Tout dépend de l'état d'esprit du lecteur."

Beatles

Le 15 août 1965, les Beatles donnent au Shea Stadium de New York le plus grand concert de l'histoire du rock jamais donné jusqu'à cette époque devant cinquante-six mille spectateurs. Surexcité, Lennon se déchaîne durant " I'm down " jouant du piano avec son coude comme s'il se disait que de toutes façons, au milieu de tous ces cris, qui va entendre quoi que ce soit !

Au niveau personnel, John commence à accuser le coup de cette popularité qui les dépasse. Il passe de nombreuses journées à dormir et commence à prendre de l'embonpoint.

L'événement des Philippines, en juillet 1966, marque le point de non retour. Peu au fait des usages locaux, le groupe n'a pas répondu à l'invitation du Président Marcos. Peu après, à l'aéroport de Manille, les Beatles sont agressés attaqués par une foule hystérique. Dans le feu de l'action, Lennon parvient à conserver son humour cinglant :

" Quelqu'un nous a dit : vous êtes traités comme des passagers ordinaires. Nous avons répondu : des passagers ordinaires ? Vous leur donnez des coups de pieds ? "

Peu après, une affaire éclate aux USA autour d'une phrase que Lennon a lâché sans y penser à une journaliste anglaise : " Nous sommes plus populaires que Jésus ". L'interview est reproduite le 29 juillet dans le magazine US Databook et suscite un émoi dans l'Amérique profonde, il s'ensuit des réactions extrêmes. Le 31 juillet, sur l'appel d'une radio, des citoyens de la ville d'Alabama brûlent des disques des Beatles. Vingt-deux radios prohibent la diffusion des chansons des Beatles et organisent de vastes brasiers. Début août, l'Afrique du Sud relaye le mouvement en interdisant la vente des disques des Beatles.

Lors d'une conférence de presse à Chicago le 11 août Lennon fait le point sur la situation.

John : Si j'avais dit que la télévision était plus populaire que Jésus, j'aurais pu m'en sortir. Vous savez, il se trouve que je parlais à une amie, j'ai utilisé le mot Beatles comme quelque chose d'éloigné de moi - les Beatles tels que les gens les voient. J'ai juste dit qu' 'ils' avaient plus d'influences sur les jeunes que quoi que ce soit d'autre, y compris Jésus. Mais je l'ai dit d'une façon incorrecte. (…) J'ai juste dit ce que j'ai dit et c'était une erreur ou du moins cela a mal été interprété.
- Regrettez-vous de l'avoir dit ?
John : Oui. Même si je n'ai pas voulu dire ce que les gens ont cru comprendre. Je regrette néanmoins d'avoir ouvert ma bouche.
- Vouliez-vous dire que les Beatles sont plus populaires que le Christ ?
John : Lorsque j'ai parlé de cela, c'était de façon proche et intime avec cette personne dont il se trouve qu'elle est un reporter. J'utilisais des expressions concernant des choses que je venais de lire et que j'avais déduites sur le christianisme. Il se trouve que je les ai dites sous la forme la plus simple qui soit, ce qui est la manière naturelle dont je parle.

Le lendemain, dans la même ville de Chicago une seconde conférence de presse est organisée, au cours de laquelle John ressert les mêmes arguments :

- Un DJ de Birmingham, Alabama, qui est à l'origine de la plupart des répercussions a demandé que vous lui présentiez vos excuses.
John : Il peut les avoir, vous savez. Je m'excuse auprès de lui s'il est bouleversé. Je suis désolé que cela ait créé une telle confusion. Je n'ai pas eu l'intention de dire quelque chose de vilain ou d'anti-religieux. Il n'y a rien de plus à ajouter.

Le 22 août à New York, alors qu'on lui demande de revenir sur la question de Jésus, John se montre plus bref :

"Je n'ai rien de plus à dire et je ne vais pas ressasser tout cela à nouveau. Vous savez tout cela, c'est beaucoup de bêtises et d'hystérie."

Trop c'est trop. À la suite de ces événements, Lennon demande à prendre du recul. Le groupe met fin aux tournées…

La rencontre de Yoko

Yellow Submarine

Le temps des concerts étant achevé, chaque Beatles s'octroie une pause.

Le 5 septembre 1966, Lennon s'envole pour l'Allemagne afin de jouer le rôle du soldat Gripweed, dans un film anti-militariste de Richard Lester : How I won the war. Pour l'occasion, il se fait couper les cheveux en présence de la presse et enfile pour la première fois en public les lunettes rondes qu'il ne cessera de porter par la suite. Et oui, le chanteur est myope et jusqu'alors, il a préféré le dissimuler. L'œuvre est un pamphlet contre la guerre et le tournage a un effet important sur Lennon. Il devient un farouche opposant de la guerre et ne s'en cache aucunement :

" Je hais la guerre. La guerre du Vietnam et tout ce que l'on fait là-bas m'ont fait éprouver ce sentiment. S'il y a une autre guerre, je ne me battrai pas, et même si on demande aux jeunes d'aller se battre, je m'élèverai pour leur dire de ne pas le faire. "
interligne

intercalaire

Le 9 novembre, Lennon recontre une artiste dénommée Yoko à l'Indica Art Gallery de Londres. Elle expose ses Objets et Peintures Interrompus, une galerie d'objets blancs ou transparents sur lesquels les visiteurs sont invités à ajouter des couleurs.

Au sous-sol de l'exposition, Lennon découvre un escabeau surmonté d'une loupe. Il grimpe et ajuste la loupe afin de scruter ce qui est écrit en minuscule sur le plafond et lit " Oui " ! Il est enchanté par l'expérience.

Il fait ensuite la connaissance de Yoko qu'il décrira plus tard ainsi " une femme brune aux pommettes hautes qui serait belle et intelligente, une artiste libre et sans contrainte. L'âme sœur ". John s'approche d'une boîte blanche intitulée Boîte à sourire et découvre sur le côté une toile blanche avec un marteau et une poignée de clous sur une planche. La mention " Plantez un clou " est indiquée.

- Je peux y aller, demande John ?
- Dans ce cas, il faut me donner 5 shillings réplique Yoko.
- Voilà ce que nous allons faire. Je vous donne 5 shillings imaginaires et comme cela, je vais planter un clou imaginaire…

Immédiatement, une connivence s'établit entre eux.

John & Yoko

En octobre 1967, Lennon finance une exposition de meubles blancs coupés en deux intitulée " Yoko Plus Me ". Durant l'exposition, John se montre de plus en plus fasciné par l'étrange personnalité de l'artiste nippone. Ils entament une correspondance et leur amitié s'épanouit. Au début de l'année 1968, alors qu'il est encore marié à Cynthia, il lui demande si elle voudrait bien le suivre en Inde pour le voyage des Beatles en Inde à Rishikesh où ils viennent s'abreuver de l'enseignement du guru Maharishi.

Beatles 67-70

À son retour de l'Inde, John se rapproche de plus en plus de cet artiste japonaise dont il s'est progressivement entiché. Il dira plus tard :

"Quand j'ai rencontré Yoko, cela m'a fait la même impression que quand tu tombes sur ta première fille, celle qui te donne envie d'envoyer balader tes potes du bistrot."
"Quelque chose venait de s'enclencher en moi. Le problème, c'est les gars en question n'étaient pas de simples copains de bistrot. C'était les Beatles !"

Le Bed in

La relation amoureuse entre Yoko et John démarre alors que Cynthia se trouve en Grèce. Intrigué par cet artiste avant gardiste, ils se retrouvent dans la maison des Lennon pour y enregistrer un album de musique expérimentale. Très vite, ils deviennent inséparables. Dès le retour de Cynthia, une procédure de divorce est engagée.

L'entourage de John ne peut que se questionner sur cet amour qui confine à l'addiction. Yoko est plus âgée que John elle a alors trente cinq ans alors qu'il n'a que vingt-sept. Elle n'est pas franchement jolie et paraît austère et sérieuse là où les Beatles faisaient toujours preuve d'humour et de facéties.

Beatles fin 1968

Lennon lui-même affiche désormais une franche gravité s'inscrit sur son visage. Sur de nombreuses photos ou vidéos, il apparaît dépressif et introverti. Et son comportement semble changer du tout au tout. Sur le White Album, malgré le rejet des autres Beatles et aussi de George Martin, il impose la chanson " Revolution 9 ", sept minutes pénibles de collages sonores et bruitages.

Sous l'influence de Yoko, Lennon accentue son côté rebelle. En novembre 1968, ils publient tous deux un album intitulé Two Virgins, composé des expériences sonores réalisées en mai dans la demeure de John. Sur la pochette, ils apparaissent nus de manière frontale.

Le chanteur s'en explique dans le magazine Rolling Stone :

" Cela a commencé de manière pure. Je devais enregistrer Yoko et j'ai pensé que la meilleure image d'elle pour un album serait de la montrer nue. Par la suite, comme nous avons fait un album ensemble, il semblait naturel que nous soyons tous les deux nus. "

En janvier 1969, les Beatles se retrouvent ensemble pour l'enregistrement de Let it be. Les séances sont filmées par un réalisateur, Michael Lindsay-Hogg, et lors de la sortie du film, elles étaleront au grand jour l'ambiance pesante qui règne désormais au sein du groupe. Paul, George et Ringo semblent déplorer que John invite systématiquement Yoko Ono aux séances d'enregistrements. Or, le plus souvent, celle-ci s'installe dans un coin de la pièce et demeure silencieuse, affichant un air sinistre. À aucun moment, elle n'adresse le moindre compliment ni même la moindre parole aux membres du groupe. Le groupe est en train de se défaire et la présence imposée de Yoko semble y être pour quelque chose.

Durant le printemps 1969, Lennon décide de se servir de sa popularité en tant que Beatle pour servir la cause qui lui tient à cœur : la paix et sa franche opposition à la guerre au Vietnam. Peu après leur mariage le 20 mars à Gibraltar, John et Yoko organisent un événement qui va demeurer connu sous le nom "bed-in" : ils passent une semaine au lit, du 25 au 31 mars, dans une suite du Hilton d'Amsterdam pour promouvoir la cause de la paix. Le couple reçoit généralement les journalistes en robe de chambre mais parfois même en pyjama. John porte des cheveux très longs non peignés et une barbe.

Relayée au niveau mondial, l'opération officialise la nouvelle posture pacifiste de Lennon. Elle est commentée dans le single des Beatles qui paraît le 30 mai, "The ballad of John and Yoko" et marque une baisse notable dans leur créativité…

La rupture avec les Beatles

Abbey Road

En septembre 1969, alors que l'album Abbey Road vient de sortir, constituant l'ultime chef d'œuvre des Beatles, John fait savoir à Paul que l'aventure Beatles est terminée en ce qui le concerne. Ils conviennent de garder la nouvelle secrète en attendant qu'un nouveau contrat soit signé avec EMI et qu'un dernier album Let it be ait été publié. Paul McCartney, qui a tenté de sauver le groupe envers et contre tout, a le moral à zéro.

Vers le mois de septembre, Lennon forme un groupe, le Plastic Ono Band dont le personnel va évoluer autour de trois musiciens principaux : lui-même, le bassiste Klaus Voorman et le batteur Alan White. Un concert mémorable est donné à Toronto en novembre et pour l'occasion, Eric Clapton tient la guitare. La performance va sortir sous la forme d'un album.

Le premier single du Plastic Ono Band apparaît en octobre 1969, et donne la couleur du nouveau Lennon. " Cold turkey " est un blues électrique dans lequel il laisse ouvertement éclater son désespoir. Yoko intervient sur la face B dans un titre où elle préfigure avec une dizaine d'années d'avance les délires de Nina Hagen, hurlant à la façon d'une damnée.

Instant Karma

Un autre single sortir au début de l'année 1970, " Instant Karma ", bientôt suivi de l'hymne pacifique " Give peace a chance ". Cette profusion de disques enregistrés en solitaire est un signe que Lennon a désormais une vie bien remplie en parallèle aux Beatles.

L'album Let it be sort en mars peu avant que McCartney annonce la fin des Beatles. Ce qui précipité la scission vient de ce que Lennon a imposé la venue d'un nouveau manager, Allen Klein, dont le discours a personnellement charmé John et Yoko. Klein a pourtant déjà escroqué les Rolling Stones qui entament alors une procédure judiciaire envers lui.

L'aventure Beatles se termine de façon maussade tandis que John et Paul s'échangent quelques politesses par média interposé, Lennon faisant preuve d'une agressivité inattendue envers son ancien compagnon.

La sortie sur les écrans du film Let it be révèle à ceux qui auraient pu conserver un espoir quelconque la dissension qui pouvait régner dans le groupe. Il semble asséner un fait que l'intéressée traînera derrière elle durant plusieurs années : à tort ou à raison, pour la plupart des inconditionnels des Beatles, il semble que ce soit Yoko Ono qui ait été à l'origine de leur séparation…

Working class hero

Au début des années 70, Lennon et Yoko s'installent à New York. Assez vite, il se fait remarquer pour le soutien qu'il apportent à des mouvements révolutionnaires de tous poils. Il prend la défense des femmes avec la chanson " Woman is the nigger of the world " (la femme est le nègre du monde) et participent à divers concerts d'opposition au gouvernement américain. Très vite, l'administration Nixon prend en grippe le britannique et à plusieurs reprises, les Lennon vont être menacés d'expulsion.

Pour sa part, John Lennon est au plus mal, traversant une période d'intense dépression. Un jour, il reçoit à son domicile une promotion pour une thérapie expérimentale dite du " cri primal ". Intrigué, il reçoit des cours à domicile puis suit un stage fondé sur cette théorie.

Pourtant, le chanteur se fâche lorsqu'un jour, le praticien débarque lors d'une séance avec une caméra avec l'intention de le filmer.

Je ne désire pas être filmé, encore moins en train de me rouler sur le sol et de hurler !

Certaines personnes se sentent si importantes qu'elles ne veulent pas qu'on les filme , réplique Janov troublé, qui tente alors de déprécier Lennon.

Le chanteur ressort fracassé d'une telle expérience, dans un état plus dépressif et bouleversé qu'il ne l'était initialement. Il traverse alors une phase où il laisse éclater sa rancœur vis-à-vis de certains compagnons d'antan comme Paul McCartney qu'il attaque régulièrement dans la presse ou encore leur manager Brian Epstein à propos duquel il déclare :

" Il nous a arnaqués ; il nous a dévalisés, nous n'avons rien gagné, Brian si. "

Le sentiment de désillusion que ressent Lennon est exposé dans son premier album, solo. Plastic Ono Band est dépouillé, grave et désabusé même si Lennon y manifeste des sursaut de colères quasi démentiels. Dans la chanson " God ", il déclare que " le rêve est terminé " et qu'il ne croit plus en qui que ce soit, qu'il s'agisse de Dieu, de Dylan, ou même des Beatles. Il conclut en disant qu'il ne croit plus qu'en lui-même, en Yoko et lui-même. " Working Class Hero " est un hymne à la classe ouvrière et un ardent réquisitoire contre ceux qui envoient les jeunes à la guerre. Dans ce pamphlet au vitriol, l'ancien Beatles lâche des mots d'une incroyable dureté :

" Ils vous dopent avec la religion, le sexe et la télé "
" Ils vous disent qu'il y a de la place au sommet
Mais d'abord, vous devez apprendre à sourire pendant que vous tuez "

En conclusion, il invite les auditeurs à devenir des héros de la classe ouvrière.

Le nouveau Lennon est un révolutionnaire et il ne s'en cache aucument.

Imagine

Imagine

La chanson " Imagine " qui paraît à l'automne 1971 semble montrer un Lennon assagi. Ballade tranquille interprété au piano, elle est d'une veine comparable à la chanson des Beatles " Let it be ". Cet hymne à la paix atteint la troisième position du hit parade américain et lui permet de renouer avec le succès.

Pourtant, l'album Imagine qui paraît dans la foulée recèle un morceau d'une extrême agressivité envers son ancien compagnon McCartney, " How do you sleep ". Dans ce réquisitoire amer et cinglant, il reproche à Paul d'être devenu conservateur et de n'avoir rien produit de valable depuis " Yesterday ".

" Ces tarés avaient raison quand ils ont dit que tu étais mort "
" Tu vis avec des gens conventionnels qui te disent que tu étais jadis roi "
" La musique que tu fais est de la soupe à mes oreilles
Tu as pourtant bien dû apprendre quelque chose durant toutes ces années "

Grand seigneur, McCartney réagit à la chanson de John en expliquant qu'il trouve " How do you sleep " idiot et qu'il se refuse d'entrer dans la polémique, déplorant juste qu'il ne puisse voir Lennon sans Yoko. Il ajoute qu'il apprécie Imagine car l'album lui semble moins politique que les précédents. Cette interview rend tout de même Lennon furieux au point de réclamer un droit de réponse. Il y dit notamment :

"La partie qui nous a sidéré c'est que tu demandes que l'on se rencontre sans Linda et sans Yoko. Il me semblait que tu avais compris que DÉSORMAIS, je suis John et Yoko. "
" Ainsi donc, tu penses que 'Imagine' n'est pas politique ? Mais c'est 'Working Class Hero' avec du sucre dedans, à l'intention des conservateurs tels que toi. "

Par la suite, en 1974, Lennon avouera regretter d'avoir écrit " How do you sleep ".

Le 4 février 1972, le ministre de la Justice reçoit une copie d'une lettre adressée par le Sénat au président Nixon évoquant une campagne de propagande contre le président visant à semer le trouble lors de l'assemblée du Parti Républicain.


"Ces gauchistes, et particulièrement Rennie Davis, déjà arrêté pour des manifestations du mêmes en 1968 lors du rassemblement Démocrate, prévoient d'utiliser Lennon afin de mobiliser le plus largement possible. "

À partir de là, la surveillance du couple Lennon par le FBI va devenir constante et assortie d'un ordre de quitter le territoire américain. Aidé de son avocat, il va parvenir à demeurer aux USA mais faire l'objet d'une pression harassante, et même de filatures.

Le 7 novembre 1972, Lennon assiste à la réélection de Richard Nixon avec une victoire écrasante de 60 % des voix. Le couple Lennon se retrouve chez l'activiste révolutionnaire Jerry Rubin et John, qui a bu plus qu'à l'accoutumée, laisse éclater son dépit. Il avise une fille présente sur place et l'entraîne dans une pièce au désespoir de Yoko.

Le couple Lennon a du plomb dans l'aile.

Lost week-end & John à la maison

Durant l'été 1973, Lennon travaille sur un nouvel album Mind Games. Peu après, Yoko découvre que son mari lui a été infidèle : John s'est amouraché de sa secrétaire May Pang. Yoko lui explique alors qu'il vaudrait mieux qu'ils se séparent durant un certain temps.

Lennon

$En octobre, Lennon effectue la promotion de son album Mind Games et part pour Los Angeles. Il passe alors de nombreux mois en compagnie de sa jeune amante dans une résidence de Santa Monica en Californie et travaille sur l'album de son ami, le chanteur Harry Nillson. Très vite, il devient fréquent de voir Lennon dans les soirées de Los Angeles, où il se plait à faire la fête avec des amis tels que Keith Moon des Who ou David Bowie. Il compose diverses chansons pour Nilsson, Harry Ringo Starr, Elton John ou Bowie avec lequel il co-écrit " Fame ". Il se laisse aller à la boisson et aux drogues et se fait remarquer dans de nombreux bars par son comportement éméché.

En février 1994, Paul McCartney reçoit un appel de Yoko qui demande à le voir d'urgence. Il la reçoit dans son domicile de Londres et Yoko Ono lui raconte alors que John s'en est allé avec Mary Pang.

Alors qu'ils se trouvent à Los Angeles, les McCartney rendent une visite surprise à Lennon dans le studio où il travaille avec le chanteur Nilsson…

- Salut John, lance McCartney.
- Tiens, voilà McCartney ! réplique John.

Après avoir discuté de choses et d'autres, ils se lancent dans une jam sur des titres de leur enfance comme Midnight Special. Des relations amicales reprennent dans la foulée. Ils iront jusqu'à enregistrer ensemble quelques morceaux que l'on va retrouver sur un album pirate, A Toot and a Snore in '74.

L'escapade de Lennon s'achève au début de l'année 1975. Il décide alors de se rabibocher avec Yoko, mais aussi d'en finir une fois pour toutes avec sa vie d'alcoolique. De toute façon, Yoko a exigé qu'il se retire du métier musical pour se consacrer à son fil Sean, dont la naissance est prévue pour octobre.

Lennon prend alors une longue pause sur le plan artistique. À ceux qui lui reprochent d'avoir délaissé le monde de l'art et aussi de la politique, il répliquera en 1980 par une chanson qui fait office de terrible constat sur sa situation : " Watching the wheels " (Je regarde les roues tourner).

"Les gens disent que je suis paresseux, que je passe mon temps à rêvasser
Ils me donnent toutes sortes de conseils destinés à m'éclairer
Lorsque je leur dis que je me plais à regarder les ombres sur le mur
(Ils disent) Ça ne te manque pas la grande époque, tu n'es plus dans le coup ;
Je suis juste assis à regarder les roues qui tournent… "

Un soir de mai 1976, McCartney rend spontanément visite à Lennon. John évoque alors les innombrables fans qui rêvent d'une reformation du groupe. Ils en viennent même à considérer que la chose pourrait se faire pour une chanson ou deux. Or, ce même soir Lennon monte le son de la télévision pour entendre ce qui se dit sur Saturday Night Live. Paul et John découvrent en même temps que le producteur de l'émission offre de réunir les Beatles sur son plateau..

- Et si l'on débarquait en direct sur son plateau, propose John…

Hélas, Paul demeure coi, ne sachant que répondre.

John prétend alors qu'il ne s'agissait que d'une plaisanterie.

'Nous avons été à deux doigt de sauter dans le premier taxi' dira John.

Et pourtant, ce sera la dernière fois qu'il se voient.

Durant cette période de pause, Lennon subit une profonde mutation. Il a non seulement abandonné l'alcool mais adopté une nourriture saine et ce nouveau mode de vie rejaillit sur son physique, singulièrement rajeuni. Par ailleurs, entre 1977 et 1979, Lennon accroît notablement ses biens immobiliers : il achète quatre cent hectares dans l'état de New York où il place des vaches, une réidence à Palm Beach en Floride, un voilier qui mouille à Long Island…

Vers la fin 1979, un journaliste de Newsweek demande à Lennon quel regard il porte sur son engagement politique de jadis et il a cette étonnante réponse :

" C'était de la blague. J'étais extrémiste par sentiment de culpabilité. Je me sentais coupable de gagner beaucoup d'argent… (..) Aujourd'hui, je me demande ce que j'avais à me battre contre le gouvernement américain, tout ça parce que Jerry Rubin n'était pas parvenu à avoir ce qu'il avait toujours voulu : un bon job peinard. "

Le magazine Esquire qui sort en octobre 1989 dépeint Lennon comme un "businessman de 40 ans qui pèse dans les 140 millions de dollars et passe son temps devant la télé."

Le 10 décembre 1980

" Pendant cinq ans, j'ai vécu en reclus à la maison. J'avais complètement changé ma façon de voir les choses. Je ne pensais plus du tout à la musique. Ma guitare était accrochée au mur derrière le lit. Authentique ! Et je n'ai pas le souvenir de l'avoir décrochée une seule fois au cours de ces cinq dernières années. "

En ce soir du 8 décembre 1980, Lennon est interviewé par Dave Sholin, un DJ de la station RKO. Au même moment, un désaxé fait le guet, son revolver enfoui dans une poche de sa parka. Au terme d'un cheminement intérieur chaotique, Chapman a fini par se persuader qu'il lui fallait éliminer Lennon…

Lennon a repris le chemin des studios en 1980 afin de produire l'album Double Fantasy dans lequel il interprète l'une de ses plus belles chansons, " Woman ". À l'automne, après cinq années de long silence, il a donné une interview fleuve à David Sheff de Playboy dans laquelle il disserte sur sa situation de père au foyer. Comme s'il pressentait inconsciemment qu'il devait laisser une trace derrière lui, Lennon livre son opinion assortie de faits sur un très grand nombre de chansons des Beatles, ce qui va faire de cette édition de Playboy une mine de faits inestimable.

Durant cette interview, David Sheff a posé cette question :


- Est-il préférable comme le suggère Neil Young de brûler la chandelle par les deux bouts plutôt que de se consumer lentement ?

Le chanteur a alors exprimé son complet désaccord :


- C'est une horreur. Il vaut mieux s'éteindre lentement, à la manière d'un vieux soldat que de brûler sa vie. Ceux que j'admire, moi ce sont ceux qui savent survivre…

Dans sa paranioa, l'halluciné Mark Chapman en a décidé autrement. Au soir du 8 décembre 1980, alors que Double Fantasy vient de sortir et que le single "Starting over" monte dans les charts, Lennon est assassiné par le détraqué Chapman devant l'entrée du Dakota Building où le couple réside.

Ce matin là, les innombrables fans des Beatles se téléphonent partout dans le monde pour s'annoncer mutuellement la nouvelle. Interviewé le jour même de la mort de John à Londres, McCartney donne l'impression que le monde vient de s'écrouler, comme si une partie de sa vie était soudain brisée. Il lâche :

"J'ai été très choqué. C'est une terrible nouvelle !"

Il raconte qu'il n'a pas pu travailler sur sa musique ce jour là, qu'il ne se sentait pas de se poser.

Le 14 décembre, cent mille fans se réunissent dans Central Park et devant l'immeuble Dakota dans un ultime hommage au Beatle disparu. Tous chantent l'hymne pour la paix " Give peace a chance ". 10 minutes de silence sont observées et des milliers de ballons blancs sont libérés dans le ciel. Lennon est le premier Beatles à disparaître…

Toute possibilité d'une reformation éventuelle du groupe s'est éteinte. L'on ne reverra plus jamais les quatre Beatles ensemble sur une scène ou en studio.

Le temps va faire le reste, amenant le groupe à continuer d'accumuler les records et voir sa musique entrer dans l'Histoire.

Lennon, pour sa part, va voir son nom à jamais associé à celui d'un héros qui oeuvrait pour la paix.

Imagine…

Beatles de A à Z

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Daniel Ichbiah a été deux fois n°1 du Classement Général des ventes.
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Et n°3 avec Michael Jackson, Black or White ?

Fiche de la page

Musicbook (2004), DanicArt (2012) 2ème édition 979-10-91410-14-4