Comprendre le Bitcoin

Bitcoin

Satoshi Nakamoto, le poète épique du bitcoin

Les rebelles du numérique

Daniel Ichbiah & Jean-Martial Lefranc

Extrait du livre 'Les rebelles numériques' (First, 2014)

Les auteurs des grands textes fondateurs de la culture planétaire sont pour la plupart des anonymes.

gilgamesh

Qui a écrit l'épopée de Gilgalmesh ? Nul ne le sait.

A-t-on retrouvé des traces historiques des auteurs des évangiles canoniques ? Aucune.

Quant à Homère, les chercheurs s'affrontent encore pour tenter de déterminer s'il était un homme ou une femme.

Satoshi Nakamoto

Comme ces auteurs de légende, Satoshi Nakamoto a un nom mais pas d'identité. Personne ne doute qu'il est l'auteur du premier exposé détaillant le fonctionnement du bitcoin. Nul ne doute qu'il détient l'accès au mythique bloc " génèse " du système de monnaie électronique.

Mais nul ne sait qui est Satoshi Nakamato.

Malgré bien des avanies, le bitcoin est un succès retentissant : six ans après son apparition, il représente une valeur de près de 9 milliards de dollars, soit l'équivalent du PNB d'un pays comme le Mali ou le Laos.

Difficile de raconter la biographie d'un clandestin, indispensable cependant d'essayer de définir les contours connus de la personnalité du fondateur de bitcoin, car cette monnaie virtuelle est une pièce majeure de l'avenir du web.

Au début était un inconnu sur un forum...

La genèse du Bitcoin

White paper sur le bitcoin

Le Samedi 1er Novembre 2008, le premier post signé Satoshi Nakamoto apparaît sur le forum Cryptography Mailing List qui regroupe les amateurs et les professionnels du cryptage informatique.

Le premier mail présente les principales caractéristiques du bitcoin. On découvre le ton précis et délié de Satoshi, son esprit poétique, celui d'un libertarien qui cherche à rendre le monde meilleur en créant une monnaie communautaire, privée, autogérée qui échappe absolument au contrôle des Etats.

Voici la transcription " verbatim " de ce premier message :

" J'ai commencé à travailler sur un nouveau système de monnaie électronique qui est complétement pair au pair, sans tiers de confiance. L'article de présentation est disponible à http://bitcoin.org/bitcoin.pdf.

paypal

Paypal

A l'époque de ce premier message, la question du paiement électronique est déjà résolue : PayPal est devenu le standard des échanges sur ce terrain. Toutefois, PayPal, comme le paiement par carte bleue requière le passage du débiteur au créditeur via un système de tiers de confiance.

PayPal est le tiers de confiance qui s'assure de l'identité du débiteur et du créditeur et garantit que l'argent qui part de l'un arrive jusqu'à l'autre. Le système de sécurité de PayPal repose même sur l'identification confirmée du compte bancaire des participants par le fameux microvirement à la double décimale de l'euro.

Satoshi veut établir une monnaie dont la structure même rend inutile le tiers de confiance.

Satoshi Nakamoto considère viscéralement que le tiers de confiance n'est justement pas digne de notre confiance.

bitcoin

Dans le bloc génèse de code crypté qui forme le premier bitcoin, Satoshi Sakamoto a intégré cette citation tirée de la presse du jour :

"The Times - 3 Janvier 2009 : le Ministre des Finances sur le point d'accorder un deuxième plan de sauvetage aux banques".

Occupy Wall Street

Le premier message concernant le bitcoin suit de six semaines l'annonce de la faillite de la banque Lehman Brothers, le catalyseur de la plus grande crise économique mondiale depuis 2009. Survivalistes ? Libertariens ?

Les utilisateurs des bitcoin sont souvent de grands contempteurs des banques centrales occupées à faire fonctionner la planche à billets à tout va pour soutenir les "voleurs" de Wall Street et des politiciens incapables de mettre en ordre les finances de leurs pays.

La poësie si particulière de Satoshi s'exprime dans le résumé de l'article qui fonde le bitcoin :

bitcoin

"Résumé. Une monnaie électronique purement peer to peer (pair à pair) permettrait aux paiements en ligne d'être envoyés directement d'une personne à l'autre sans les inconvénients de passer par une institution financière.
Des signatures digitales fournissent une partie de la solution, mais les principaux bénéfices disparaissent si un tiers de confiance doit intervenir pour éviter les doubles paiements.
Nous proposons une solution au double paiement en utilisant un réseau pair à pair. Le réseau établit une signature chronologique des transactions grâce à un code qui produit une 'preuve de travaux'. L'ensemble forme un livre comptable qui ne peut être changé sans refaire la 'preuve de travaux'. La chaîne de codage la plus longue sert non seulement de preuve à l'ordre des séquences observées, mais prouve aussi qu'elle a été générée par l'ensemble le plus puissant d'ordinateurs présents dans le réseau.
Tant que les points nodaux honnêtes du réseau contrôlent la plus grande puissance de calcul, ils sont en mesure de générer la plus grande chaîne et de prendre de vitesse des attaquants.
Le réseau lui même demande une structure minimale. Les messages sont diffusés sur la base d'un meilleur effort et les participants peuvent rejoindre le réseau à volonté, acceptant la plus longue 'preuve de travaux' comme preuve de ce qui s'est déroulé pendant leur absence. "

Bien entendu pour les moins techniciens d'entre nous, la prose de Satoshi ressemble à la rencontre inopinée entre Lautréamont et un manuel de cryptologie.

Pour les autres, ses pairs qui découvrent la proposition sur le forum "Cryptography Mailing List", la publication du papier fondateur est le début de passionnantes semaines qui leur permettront d'explorer et de comprendre l'élégance de la solution bitcoin.

Les Mineurs contrôlent l'outil de production du capital

Mineur

Voilà une déclaration d'intention qui aurait fait frémir de satisfaction le Zola de Germinal. C'est pourtant bien la réalité du bitcoin. Dans le système proposé par Satoshi Nakamoto, sont dénommés 'Mineurs', les participants au réseau pair au pair qui forment la communauté bitcoin.

PC Les Mineurs mettent à la disposition de la communauté la puissance de calcul de leurs ordinateurs.

Mineur

Le réseau a une fonction principal : maintenir le livre comptable central qui répertorie l'ensemble des bitcoins en circulation et l'ensemble des transactions concernant chacun des bitcoins produits.

Le bitcoin est représenté par un bloc qui est constitué d'une chaine de 'hachage', soit une suite de codes sécurisés par une clé de cryptage. Au fur et à mesure du temps, la chaine est de plus en plus longue car c'est sa longueur qui atteste de sa place dans l'ordre de production des blocs. Un bitcoin ancien a été simple à calculer, les bitcoins produits dans le futur seront de plus en plus longs et difficiles à extraire de la puissance de calcul de votre ordinateur.

blockchain

Les Mineurs génèrent les blocs en autorisant que le système utilise les ressources de leurs ordinateurs pour calculer la chaîne et produire un nouveau code.

L'ordinateur qui produit la fin de la chaîne juste avant qu'elle soit ajoutée au répertoire reçoit de nouveaux bitcoins en contrepartie de sa 'Preuve de Travaux'. Chacun des participants à la communauté est ainsi récompensé en monnaie sonnante et trébuchante pour avoir mis son matériel à la disposition de tous.

bloc

Quand un bloc est ajouté au répertoire, il commence à avoir cours légal dans la communauté dès lors que la majorité des mineurs ont reconnu ce bloc comme le plus long jamais produit et validé ainsi son authenticité.

Emile Zola repose en paix : avec bitcoin, les Mineurs contrôlent donc bel et bien l'outil de production du capital.

La monnaie Open Source d'un codeur économiste

Satoshi Nakamoto

Début 2009, Satoshi poste le code de base sur SourceForge.net sous le nom particulièrement modeste de bitcoin version 0.01. Les éléments fondateurs du système sont le réseau pair à pair, le système de minage que nous avons vus et le cryptage.

Le cryptage de chaque bloc produisant des bitcoins est le résultat d'une suite d'opérations mathématiques à la complexité croissante. Satoshi a posé des règles précises à la production de la masse monétaire.

or

En opposition aux économistes keynésiens, Satoshi a fixé le maximum des bitcoins en circulation à 21 millions.

Le chiffre n'est pas arbitraire : il correspond à peu près à la masse d'or extraite par l'homme depuis le commencement de l'humanité : un cube de 21 mètres de coté. Ainsi Satoshi voit plus le bitcoin comme une unité de réserve que comme le véhicule d'une politique économique publique. En tout cas, il choisit pour la communauté " bitcoin " une forme d'économie qui ressemble plus à celle antérieure aux accords de Bretton Woods, dans laquelle le cours du dollar reposait sur le montant des réserves en or entreposées à Fort Knox ou à la Réserve Fédérale de New York.

Division

De la règle des 21 millions de bitcoins découle le rythme du minage : tous les quatre ans, le rendement en bitcoin des opérations de minage est divisé par deux.

Ce rythme est lié à l'estimation faite par Satoshi de l'augmentation de la puissance de calcul des ordinateurs.

En choisissant une masse monétaire finie, Satoshi parie sur la conjonction de deux phénomènes. D'abord il anticipe que le cours du bitcoin progressera de telle manière qu'il restera durablement rentable pour un Mineur de mettre la puissance de calcul de son ordinateur au service du réseau. Ensuite, il estime qu'en fin de course quand le dernier bitcoin aura été 'miné', la masse limitée ne va pas provoquer un blocage déflationiste de l'économie de la communauté.

(...)

Un poète plus qu'un visionnaire

(...)

Dans un post de 2009, Satoshi explique son choix d'une masse monétaire fixe :

bitcoin

"Effectivement, il n'y a personne pour agir comme une banque centrale et ajuster la masse monétaire alors que la population d'utilisateurs progresse. Cela aurait nécessité l'existence d'un tiers de confiance pour déterminer la valeur et j'ignore comment un programme informatique pourrait déterminer la valeur réelle des choses. Dans un sens, cela ressemble plus à un métal précieux. Plutôt que de faire varier la masse disponible pour conserver la valeur au même niveau, la masse est prédéterminée et c'est la valeur qui change.
Dès lors que le nombre d'utilisateurs augmente, c'est la valeur de la monnaie qui augmente. Cela peut avoir un effet de cercle vertueux ; alors que le nombre d'utilisateurs augmente, la valeur augmente, cela attire de nouveaux utilisateurs qui sont attirés par l'augmentation des cours."

Sur ce dernier point, Satoshi a vu tout à fait juste et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'invention de Satoshi n'est pas passée inaperçue.

bitcoin envol en 2011

La notoriété aidant, la valeur du bitcoin s'est envolée. En avril 2011 quand Satoshi interrompt tout contact avec le monde extérieur, le bitcoin s'échange contre à peu près 1 dollar.

bitcoin envol en 2013

Puis, alors que la communauté progresse et que les investisseurs de la Silicon Valley décident de s'y intéresser, le cours du bitcoin suit une course effrénée jusqu'à un pic de 860 € en Décembre 2013.

bitcoin envol en 2014

Il revient sur un niveau de 400 € début 2014, suite à la faillite mystérieuse de Mt.Gox, la principale bourse d'échange de bitcoins en monnaies traditionnelles.

Satoshi se retire du jeu

Fin 2010, Satoshi semble déjà à l'aise vis à vis de l'attention que produit son invention dans les média. Il ne semble pas près à affronter un débat public qui aille au delà de la communauté des développeurs Open Source qui se sont rassemblés autour de lui.

Il semble qu'une péripétie ait joué un rôle clé dans le retrait de Satoshi d'une quelconque vie publique.

Julian Assange

Julian Assange de Wikileaks a organisé la diffusion de milliers de mémos secrets de la diplomatie américaine. Pour la Maison Blanche, il a été trop loin dans sa volonté forcenée de transparence: les autorités américaines tentent de lui couper les vivres en interdisant au site de lanceurs d'alerte de percevoir des donations via les systèmes de cartes de crédit ou à travers PayPal. Visa et MasterCard s'exécutent immédiatement. Paypal hésite mais finalement accepte de suspendre l'acceptation de donations à Wikileaks. Cette décision scandalise les libertariens et plus largement les tenants d'une liberté d'expression aussi large que possible.

Le magazine PC World apporte sa pierre au débat en suggérant que bitcoin devienne le nouveau vecteur pour faire des dons à Wikileaks et garantir la survie du site.

Cette perspective ne semble pas enthousiasmer Satoshi. Il écrit dans un post du 11 Décembre 2010 :

" Il aurait été sympathique d'avoir ce genre d'article dans n'importe quel autre contexte. Wikileaks a envoyé un grand coup de pied dans un nid de frelons, et l'essaim se dirige maintenant dans notre direction."

Il n'y aura pas d'autres commentaires mais Satoshi Nakamoto semble avoir déjà décidé de son effacement.

Après deux ans de dialogues avec les membres de la communauté bitcoin, Satoshi officialise son retrait. Le réseau des Mineurs a fait l'objet de nombreuses attaques, notamment de deni de service (DoS), par des hackeurs cherchant à interrompre les échanges et la production de bitcoins. Satoshi a travaillé avec acharnement pour garantir la sécurité du système. Les adieux se font sans effusions. Dès le lendemain du post à propos de Wikileaks, Satoshi annonce simplement :

" Il y a encore du travail à faire sur DoS (les attaques de deni de service) mais je vais produire une version rapide de ce que j'ai codé jusqu'ici au cas où cela deviendrait nécessaire et ensuite j'irais me consacrer à des idées plus complexes. Cette nouvelle version sera intitulée 0.3.19. "

Gavin Andresen

Satoshi s'est choisi un successeur, Gavin Andresen, un expert en cryptologie qui devient l'animateur principal des développeurs open source du bitcoin. Satoshi lui confie la clé d'alerte qui permet d'envoyer un message simultané à tous les membres du réseau bitcoin pour les prévenir en cas d'attaque ou de découverte de faille grave dans le système.

Satoshi continue d'entretenir une correspondance privée avec Gavin qui s'interrompt le 26 Avril 2011 sur ce message :

" Je souhaiterais que tu arrêtes de parler de moi comme d'une mystérieuse figure de l'ombre, la presse utilise cet angle pour parler de bitcoin comme d'une monnaie pirate. Peut être devrais-tu plutôt insister sur le coté 'projet open source' et donner plus de crédit à tes développeurs, cela aidera à les motiver ".

Depuis cette date, Satoshi Nakamoto est retombé dans le silence, son anonymat préservé. Il ne participe plus ni ne commente la folle aventure du bitcoin.

Mais qui diable est Satoshi Nakamoto ?

Nombreux sont ceux qui aimeraient s'attribuer un peu de sa notoriété en démasquant Satoshi.

Les tentatives se sont succédées et des annonces spectaculaires ont souvent été tournées en ridicule. Il semble presque vulgaire de chercher à connaître un auteur qui, de toute évidence, cherche à rester anonyme.

L'enquête la plus sérieuse a été menée par le journaliste Adam Pennenberg du magazine Fast Company. En soumettant au moteur de recherche de Google, les segments de phrases utilisés par Satoshi dans ses 'posts' publics, il y a identifié des expressions communes avec les publications scientifiques de trois chercheurs ayant déposé un brevet en cryptographie.

Peine perdue : tous trois ont nié être le créateur du bitcoin.

Hal Finney

D'autres enquêteurs ont pointé le doigt vers Hal Finney, le Mineur du premier bitcoin après le bloc 'genèse'. Il leur semblait logique que Hal qui a été le premier à échanger avec Satoshi soit…Satoshi lui-même.

Finney a démenti, indiquant qu'il est très fier d'avoir eu la chance de participer à l'aventure et de produire ainsi les premières pièces en répondant à l'appel de Satoshi. Il a précisé que, atteint d'une maladie dégénérative, ses jours étaient comptés et qu'il était heureux de laisser ses bitcoins en héritage à ses enfants.

Les conspirationistes, pour leur part, évoquent évidemment la responsabilité de la CIA ou la NSA dans l'avènement de la monnaie électronique. On voit mal l'intérêt qu'auraient des agences d'Etat à créer un véhicule qui est devenu un des moyens favoris des mafias internationales pour blanchir de l'argent sale.

Newsweek

Plus récemment le magazine Newsweek a prétendu avoir retrouvé Satoshi dans une banlieue modeste de Los Angeles. Dorian Nakamoto, un programmeur informatique au CV plutôt modeste, a vu débarquer devant sa porte une nuée de journalistes suite à un article et une 'Une' sensationnalistes. D'abord effrayé par ce mouvement de foule hystérique, l'homonyme a retrouvé ses esprits et fait rédiger une lettre au magazine par son avocat en indiquant qu'il n'avait rien à voir avec Satoshi Nakamoto.

L'agitation provoquée par ce scoop en carton pate a cependant poussé Satoshi à poster sur le site de la P2P Foundation, le message suivant :

"Je ne suis pas Dorian Nakamoto."

Les plus anciens membres de la communauté bitcoin murmurent que Satoshi aurait amassé une fortune en minant plus d'un million des premières 'pièces', soit près de quatre cent millions d'euros au cours actuel.

En réalité, l'identité du poète codeur est elle vraiment si importante ?

bitcoin

Son œuvre a fondé une industrie vibrante et il fait peu de doute que l'on continuera de s'interroger sur le sens de sa pensée jusqu'en l'an 2140 au moins, l'année qui doit marquer la production du dernier bitcoin.

Satoshi a déjà eu la gloire, peut être la fortune et sans doute vaut il mieux garder de lui l'image d'un sage, peignant un haïku, assis en lotus au pied d'un cerisier en fleurs, laissant à la folie des hommes le soin de décider du sens de sa création.

Extrait du livre Les rebelles numériques

(Daniel Ichbiah & Jean-Martial Lefranc) First - 2014

Ce chapitre a majoritairement été écrit par Jean-Martial Lefranc

Les blockchains une révolution en marche !

ccm Article publié dans le magazine Comment ça marche d'avril 2017 - rédacteur en chef Daniel Ichbiah

Auteur de l'article : Cyril Fievet

Les blockchains poussent la logique de peer-to-peer à son extrême. Distribution musicale, calcul partagé ou jeu en ligne... tout se réinvente à l'aune des crypto-monnaies !

Tout a commencé avec Bitcoin en 2009. Des inconnus mettent à disposition des internautes un protocole informatique, reposant sur la cryptographie et autorisant des transactions validées de façon collective.
L'idée est de créer une sorte de monnaie alternative échappant aux mécanismes traditionnels ou, comme le décrit le tout premier document proposant Bitcoin,
" une version purement peer-to-peer d'argent liquide sous forme électronique, qui autoriserait des paiements en ligne à être envoyés directement d'une personne à une autre sans passer par une institution financière ".

BitRefill

Le concept se développe et bitcoin prend de l'ampleur, devenant échangeable contre des monnaies traditionnelles et accepté comme moyen de paiement en ligne dans les boutiques physiques.

Blockchain

Avant tout, si son statut en tant que monnaie fait encore l'objet de débats, bitcoin est à l'origine d'une véritable innovation technologique : il montre la viabilité et l'intérêt du principe de blockchain (ou chaîne de blocs), un registre partagé décrivant des transactions numériques, enchaînées les unes aux autres de façon décentralisée et inviolable.

Le concept fait mouche et des centaines d'autres crypto-monnaies sont créées, directement inspirées de bitcoin et reposant chacune sur leur propre blockchain. Beaucoup voient là une révolution dont l'ampleur rappelle celle de la naissance du Web et de la généralisation d'Internet : non seulement les blockchains secouent le monde bancaire et financier, mais elles se prédisposent à d'innombrables usages.

Elles forment des registres immuables et vérifiables à tous moments, mais peuvent aussi s'accompagner de mécanismes automatisés constituant autant de " contrats malins " : des transactions conditionnelles qui ne s'effectuent que lorsque des critères pré-établis sont vérifiés. L'argent devient " programmable ", avec des applications aussi diverses que l'exécution d'un testament ou de paris sportifs, tandis que se dessine un nouvel Internet, sécurisé et décentralisé par des blockchains.

Ethereum

Outre bitcoin, qui pourrait former l'épine dorsale des échanges financiers mondiaux, plusieurs autres blockchains, comme Ethereum, Lisk ou NEM, entendent devenir de véritables environnement de programmation, sur lesquels seront bâtis les outils applicatifs de demain.

Encadré : bitcoin, monnaie de tous les fantasmes ?

bitcoin

bitcoin pourrait bien s'imposer comme la première monnaie universelle et globale : indépendante des banques et des gouvernements, la monnaie est créée par le réseau lui-même, en récompense aux calculs nécessaires pour valider et sécuriser sa blockchain.

Autrefois décrié, bitcoin a désormais gagné ses lettres de noblesse. Son cours à doublé en 2016 pour atteindre 950 €, et il dispose d'un vaste écosystème, formé de start-ups, bureaux de change et porte-monnaies logiciels ou physiques.

On peut acheter des bitcoins sur des dizaines de sites Web, chez certains commerçant ou dans les distributeurs de billets de train en Suisse. Des dizaines de milliers de marchands en ligne et des milliers de boutiques physiques (parfois regroupées, comme à Paris, Madrid ou Arnhem, sur des " Boulevards bitcoin ") acceptent la monnaie électronique.

Une transaction en bitcoin est aussi simple que l'envoi d'un email, et assortie de frais négligeables, quel que soit le montant.

Encadré : Le fonctionnement d'une blockchain

La plupart des blockchains publiques reposent sur le même principe de fonctionnement.

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Toute transaction est inscrite dans un bloc de données, et les blocs sont enchaînés les uns aux autres de façon chronologique, au fur et à mesure.

bloc

Chaque bloc contient la description d'un groupe de transactions, ainsi qu'une référence au bloc qui a immédiatement précédé, le tout assorti d'un problème mathématique difficile à résoudre.

pc

Les ordinateurs formant le réseau de la blockchain procèdent à des calculs pour résoudre ce problème avant les autres. Celui qui y parvient le premier " découvre " le nouveau bloc (qui est immédiatement diffusé à l'ensemble du réseau) et se voit récompensé pour cela.

Tout le monde dispose alors de tous les éléments nécessaires pour constater que le problème a bien été résolu. L'ensemble fonctionne sans organe de contrôle et introduire de fausses transactions est impossible, car nécessiterait de recalculer tous les blocs de la blockchain, donc une puissance de calcul vertigineuse.

Au-delà du simple moyen de paiement, c'est la technologie sur laquelle repose bitcoin - la blockchain - qui fait l'objet de tous les intérêts. Une blockchain est avant tout un fichier partagé et décentralisé permettant de valider des transactions de façon parfaitement sécurisée, et le procédé ouvre la voie à une infinité d'applications potentielles.

En Chine, la Sécurité Sociale compte tirer parti des blockchains "pour l'investissement et la gestion des fonds sociaux", tandis que s'est formé un consortium mêlant agences gouvernementales et entreprises privées, pour étudier et promouvoir l'usage des blockchains, et tirer parti de la " révolution technologique qu'elles représentent ".

En Suisse, un consortium formé par des acteurs de poids, dont l'opérateur de télécom Swisscom, la Bourse nationale et la Zurich Cantonal Bank, testent l'utilisation de la blockchain Ethereum (une autre crypto-monnaie très prometteuse) pour les transactions financières de gré à gré.

En Australie, l'usage d'une blockchain est testé pour permettre aux citoyens d'acheter et vendre l'énergie solaire qu'ils consomment ou produisent.

A Chicago, un projet-pilote entend gérer les titres immobiliers et les transferts de propriété via la blockchain bitcoin. Et en octobre dernier, Dubaï a annoncé un vaste projet, dont l'ambition est "d'utiliser la technologie blockchain pour gérer tous les documents gouvernementaux".

A croire que réseaux et base de données sont en train de se réinventer, dans la foulée de bitcoin et de la technologie qu'il a inventé.

Les blockchains en chiffres

Chiffres de mars 2017

Nombre de crypto-monnaies actuellement cotées sur les marchés : environ 650

Valeur de l'ensemble des crypto-monnaies cotées : 19 milliards de dollars.

Taille du fichier abritant la blockchain bitcoin : 100 Go.

Nombre maximum de bitcoins en circulation : 21 millions (actuellement : 16,1 millions)

Nombre de transactions bitcoin par minute : 185

Les projets blockchain de A à Z

Voici quelques-uns des projets les plus " disruptifs ", qui ne manqueront sans doute pas de faire parler d'eux.

Akasha : le réseau social revient aux usagers

crypto-monnaie

Des réseaux sociaux sans publicité, non censurés et auto-gérés sont l'une des promesses des blockchains. Les alternatives à Facebook, Twitter et Reddit se multiplient, dont Akasha (disponible en version alpha), Steem, Decent et Yours, où les internautes se rémunèrent mutuellement en fonction de leur popularité et du contenu qu'ils partagent.

Arcade City : Uber sans Uber

crypto-monnaie

Peut-on "ubériser Uber" ?

Telle est l'ambition de Arcade City, démarré par d'anciens chauffeurs du fameux service de covoiturage dans plusieurs villes américaines et australiennes. Echanges entre chauffeurs et passagers s'effectuent via une appli mobile, avec une monnaie dédiée (ARC), de façon décentralisée et autonome.

BitNation : marriez-vous sur la blockchain

BitNation

Une blockchain est un registre permanent et immuable, alors pourquoi ne pas l'utiliser pour stocker des attestations officielles en tous genres ?

BitNation offre divers types de solutions aux citoyens du monde numérique : passeports, certificats de mariage ou services notariés, tous dûment enregistrés sur la blockchain.

Chronobank : le temps c'est de l'argent (numérique)

crypto-monnaie

Chronobank entend réorganiser le monde du travail rémunéré via des mécanismes décentralisés : d'abord une monnaie numérique (LH), indexée sur le coût horaire moyen dans chaque pays, puis un marché du travail international, où chacun pourra proposer ses services, et être rémunéré via la blockchain.

Golem : un supercalculateur au bout du clavier

crypto-monnaie

Vous n'utilisez pas 100% du temps processeur de votre ordinateur de bureau ? Louez-le !

Golem entend former un "supercalculateur mondial" en autorisant les échanges de temps de calcul en pair-à-pair, de façon distribuée et décentralisée.

FirstBlood : le jeu vidéo rémunéré

crypto-monnaie

Jouer à vos jeux vidéo favoris, et être rémunéré pour cela, la promesse est alléchante.

FirstBlood est une plate-forme basée sur une blockchain où les joueurs peuvent organiser leurs propres tournois e-sport. Résultats et récompenses sont automatiquement comptabilisés et archivés de façon inviolable.

Pokereum : du poker en ligne vérifiable

crypto-monnaie

Le jeu en ligne est-il toujours fiable ? La blockchain peut rassurer : cryptographie aidant, il est possible de vérifier à posteriori que tout tirage est bien aléatoire.

Plusieurs projets veulent tirer parti du principe, dont Pokereum, adossé à Ethereum pour proposer du poker en ligne sans opérateur.

Storj : le cloud, c'est vous

crypto-monnaie

Storj forme un dispositif de stockage inédit car entièrement distribué : tout internaute peut louer de l'espace vierge sur ses disques durs, ou bénéficier à bas prix d'une capacité de stockage illimitée.

Les données stockées (1500 To à ce jour) sont morcelées et chiffrées, la blockchain comptabilisant tous les échanges.

Ujo : des blockchains dans la musique

crypto-monnaie

La distribution musicale n'échappera pas à la révolution blockchain. Celle-ci permet de gérer très finement les licences et les droits afférents.

Ujo (ou d'autres) sera une plate-forme où tous les artistes ayant participé à la production d'un titre recevront leur quote-part à chaque fois qu'il est téléchargé, repris ou mixé.

Zcash : la cyber-monnaie anonyme

crypto-monnaie

Certains estiment que les monnaies électroniques devraient être aussi anonymes que le sont pièces et billets de banque aujourd'hui.

Contrairement à bitcoin (qui est seulement "pseudo-anonyme"), plusieurs crypto-monnaies sont parfaitement intraçables et ne laissent rien transparaître des montants échangés ou des identités.

Actualités sur les monnaies de type Blockchain

Le hacking de l'Ethereum

25 juillet 2017. Des pirates dérobent près de 40 millions de dollars de cryptomonnaie - Le Figaro

Scission du bitcoin et apparition du bitcoin Cash

1er août 2017. Cet article de Business Insider explique fort bien ce qu'a amené l'apparition du Bitcoin Cash début août.

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